Bête noire de Hollywood
Les producteurs de cinéma américains flattent l'inclination de leur public, hostile à la France depuis son refus de s'engager dans la guerre en Irak, en campant le Français dans le rôle du «méchant»
Au début c'était l'Indien sauvage qui contrariait le vaillant pionnier dans sa noble conquête de l'Ouest, puis vint l'ignoble Japonais après Pearl Harbor, plus tard remplacé par l'atroce Vietnamien qui céda vite la place l'effroyable Russe pendant la guerre froide, sans parler du Noir longtemps catalogué au registre des voleurs, malfaiteurs et autres ravisseurs. Aujourd'hui, qu'on se le dise, le «méchant» est français. Hollywood l'a rencontré au début de la guerre en Irak. Depuis, la grosse machine à rêves ne le lâche plus.
En attendant qu'un historien du cinéma ou qu'un sociologue nous instruisent sur le phénomène, c'est un journal de la côte Pacifique, le Seattle Post Intelligencer, qui nous dresse la (longue) liste de films dans lesquels le «mauvais» ou le «stupide» a définitivement l'accent français. Mettons de côté l'inspecteur Clouseau du dernier ''Panthère rose'' avec son essaim de clichés, somme toute, amusants et retenons, pour faire court, quelques exemples seulement.
L'Amérique a encore le coeur fendu en revoyant sa très mignonne Jennifer Aniston menacée dans ''Rencontre fatale'' par un horrible maître chanteur qui se trouve être un Français incarné par Vincent Cassel. Elle s'emballe sans se lasser pour les acrobaties d'Antonio Banderas, héro de la ''Légende de Zorro'', en butte aux visées injustes, dans la Californie légendaire, non pas du gringo hispanique mais celles d'Armand, aristocrate français venu s’installer aux États-Unis.
Depuis le 4 août, le balourd caricatural qui cherche noise au champion automobile de ''La ballade de Ricky Bobby'' s'appelle Jean Girard, un ex-pilote tricolore de Formule Un. En novembre prochain, Universal Pictures sortira un dessin animé, ''Souris City'', dans lequel le redoutable mercenaire qui menace les gentils héros porte le sobriquet de ''The Frog'', la grenouille, et c'est Jean Reno qui lui prête sa voix dans la version américaine.
Jamais, note le Seattle Post Intelligencer, Hollywood n'a été aussi anti-français. D'ailleurs, le journal tente d'obtenir une explication auprès du très francophile Jim Jarmusch: «nous sommes en guerre contre les terroristes islamistes mais nous avons peur de caricaturer les Musulmans dans nos films et même de les présenter sous un mauvais jour. Que faisons-nous alors? On s'en prend aux Français, une cible qui ne représente aucun risque».
D'une manière plus générale, les spécialistes du secteur font remonter la mauvaise humeur de Hollywood au milieu des années 80 lorsque la France avait tenté d'endiguer la déferlante des films américains sur les Champs-Élysées avec l'instauration de la politique des quotas puis à travers le discours sur l'«exception culturelle». Mais le véritable tournant, bien visible à l'écran sous les traits du personnage «méchant», n'interviendra qu'en 2003 lorsque l'Élysée s'était refusé à s'embarquer avec George Bush dans sa Guerre en Irak.
Laissons le mot de la fin à Oliver Stone, dont la mère est française; «ce qui facilite les choses avec les Français, c'est qu'ils ne s'en plaignent pas. Ils sont confiants dans leur culture et ont une longue tradition d'autocritique». Hollywood stigmatise, la caravane passe…
Lien vers le site du Seattle Post Intelligencer
http://seattlepi.nwsource.com