LA GUERRE DES SEXES
Ségolène Royal incarne un degré supplémentaire de l'émancipation des femmes en France et de leur lutte pour la conquête d'un pouvoir politique largement dominé par les hommes, estime l'hebdomadaire américain Time, l'un des géants de la presse mondiale, dans son édition européenne de cette semaine
Rien de nouveau sous le soleil, pensez-vous. Une fois qu'il a rappelé que Ségolène Royal a refusé de débattre aux universités d’été du parti socialiste à la Rochelle, qu'elle qui veut incarner le changement a plutôt un long parcours parfaitement semblable à celui de tout apparatchik sorti de l'ENA, qu'elle n'expose pas un programme de A à Z mais prône, à gauche, des idées à contre-courant sur la sécurité ou les 35 heures, que fille de militaire elle est née à Dakar et que les magazines pipole ont largement diffusé ses photos en maillot bain à côté de François Hollande plongé dans l'Histoire de France pour les Nuls, que pouvait encore trouver le Time à dire d'original? Réponse: c'est une femme, et c'est colossal, nous prévient-il, dans un paysage politique imprégné par les costumes trois-pièces cravate.
A cela, il faut chercher des raisons historiques, selon le Time, puisque les Françaises n'ont obtenu le droit de vote que bien tardivement, en 1944, par rapport aux Américaines ou aux électrices dans d'autres pays européens. Pour le reste, elles ne représentent que 12% des effectifs à l'Assemblée Nationale contre 20% au parlement britannique, 45% en Suède mais seulement 15% aux États-Unis. Verdict du périodique influent: «en matière parité comme dans beaucoup d'autres, les politiques en France parlent mieux qu'ils n’agissent». Les partis politiques en France restent, de son point de vue, «une bande d'idéologues à l'esprit clanique se devant une fidélité à des chefs mâles».
Dans ce contexte, la guerre des sexes n'est pas très loin, alimentée par les déclarations, d'abord, de Françoise Gaspard pour qui «les partis politiques sont très archaïques, contrôlés par des hommes qui ne supportent par l'idée d’une femme présidente». La sociologue féministe et ancienne député socialiste ajoute que «le fait que Ségolène ne se comporte plus comme un ''camarade'' mais comme une rivale est totalement déconcertant pour eux et absolument insupportable». Son avis est complété, un peu plus loin, par le témoignage de Delphine Batho, membre du secrétariat nationale du PS, constatant qu'«une nouvelle fois une femme est contestée car les hommes ne veulent pas la voir réussir».
Qu'en pense la principale intéressée? «La féminité est la clé du succès», aurait-elle confié, «c'est un symbole de changement». Ségolène Royal ajoute que «là où les hommes ont échoué, les gens pensent devrions nous peut-être donner sa chance à une femme?» Le Time qui la représente en couverture dans une très belle photo à couper le souffle lui attribue, à l'intérieur de l'article, un «arsenal comportant un rire saccadé d'adolescente, un sourire désarmant et un goût vestimentaire porté sur le blanc immaculé». Un commentaire digne d'un phallocrate à vous refroidir un congrès de féministes.
Lien vers l'article du Time
http://www.time.com/time/europe/magazine/0,13006,901060918,00.html
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