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Oussama Ben Laden ou Hassan Nasrallah , lequel est-il le plus dangereux pour la France ?

Dissimilitude

Les derniers développements au Proche-Orient ont changé la donne pour Paris

i1L'annonce par le groupe terroriste Al Quaida qu'il a enrôlé le GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) et les menaces qu'il profère contre la France ne sont pas de nature à rassurer même s'«il n'y a là rien de nouveau», comme l'a déclaré hier soir Nicolas Sarkozy sur France2.

En effet, Al Quaïda a classé la France parmi les pays «mécréants» désignés comme cibles depuis l'interdiction du foulard islamique à l'école. Par ailleurs, les Salafistes algériens avaient depuis plusieurs années fait des offres de service à Ben Laden, sans succès car soupçonnés d'être infiltrés par les services secrets d'Alger, avant d'être «incorporés» en 2003 puis appelés à agir cette semaine par Ayman Al-Zawahiri. Le seul élément récent, c'est bien évidemment l'envoi de soldats français au Sud Liban conformément à la résolution 1701 des Nations Unies.

i2On peut donc estimer que cet engagement militaire au Proche-Orient est désormais évalué, pas pour le mêmes raisons, par deux hommes aux portraits largement diffusés sur nos écrans de télévision: Oussama Ben Laden et Hassan Nasrallah.

Les deux arborent turbans et barbes de religieux, ils vivent cachés et font planer la menace. Mais le parallèle s'arrête là.

Pour mieux comprendre la nature du danger que chacun d'eux peut représenter, voici ce qui les différencie, très succinctement résumé dans les 6 points ci-dessous:


1- Salafisme sunnite v/s Chiisme khomeiniste

R1Oussama Ben Laden, sunnite, est le porte drapeau de la pensée «salafiste-jihadiste» qui proclame un retour à l'Islam des origines, une doctrine propagée par l'école Wahhabite, très influente et solidement installée en Arabie Saoudite, son pays natal.

R2Hassan Nasrallah, chiite, incarne le concept du «Velayat el fakih», pivot de la pensée de l'imam Khomeiny, fondateur de le République islamique en Iran, qui autorise les religieux à se mêler directement de la politique.

Le Wahhabisme considère les Chiites comme des apostats hérétiques, une conception traduite de nos jours par la lutte sans merci que mène la branche irakienne d'Al-Quaida, jadis dirigé par Abou Moussab Al-Zarkaoui, contre les Chiites en Irak.

2-Combat global v/s Affrontement régional

R1Oussama Ben Laden mène une guerre à l'échelle universelle contre les «kuffars», les mécréants, les «Croisés et les oppresseurs à la tête desquels se trouvent les États-Unis».

R2Hassan Nasrallah, malgré ses liens solides avec l'Iran et la Syrie, reste le chef d'un mouvement, le Hezbollah, essentiellement libanais dans sa structure et ses visées.

Si Ben Laden considère la planète entière comme le théâtre envisageable de son «Jihad» armé, de New York à Jakarta en passant par Djedda, Hassan Nasrallah, et en dépit de ses discours enflammés pendant sa récente guerre contre Israël appelant à son soutien les mondes arabes et musulmans, n'a pas impliqué sa guérilla, depuis son accession à la tête du Hezbollah en 1992, dans des actions armées hors du conflit qui l'oppose à la frontière avec Israël.

3-Choc des civilisations v/s Conflit israélo-arabe

R1Oussama Ben Laden est en lutte contre les Croisés. Il est le meilleur propagateur de la théorie du «Choc des civilisations» codifiée par les néo-conservateurs américains.

R2Hassan Nasrallah se veut l'ennemi d'Israël, il s'inscrit dans la situation de guerre qui oppose, depuis des décennies, l'état hébreu à ses voisins arabes.

4-Illégalité v/s légalité politique

R1Oussama Ben Laden qui ne reconnaît pas le cadre institutionnel des régimes arabes a été déchu de sa nationalité saoudienne.

R2Hassan Nasrallah dispose de 14 députés au parlement libanais et son mouvement est représenté par deux ministres au sein du gouvernement de Fouad Siniora qui a unanimement validé la résolution 1701 des Nations Unies.

5-Dogmatisme v/s Pragmatisme

R1Oussama Ben Laden a une vision dualiste. «Le monde entier est divisé en deux parties: ceux qui ont la foi et sont sans hypocrisie et ceux des mécréants que Dieu nous en préserve». (cassette d'octobre 2001 diffusée par Al-Jazira, après les attentas du 11 septembre)

R2Hassan Nasrallah a une démarche moins manichéenne capable de s'insérer dans les manœuvres régionales et internationales. On l'a vu jouer, lors des tractations pour la formation des forces de l'ONU au Sud Liban, la carte du «légalisme» ou empêcher qu'une manifestation «spontanée» ne mette à sac le siège des Nations Unies à Beyrouth.

En simplifiant à l'extrême son discours, Ben Laden n'a jamais pu créer la «lame de fond» qu'il désirait dans les opinions publiques arabes. La photo de Nasrallah est aujourd'hui brandie partout, des bribes de ses allocutions sont transformées en sonneries de portables et des députés égyptiens veulent baptiser de son nom une artère principale du Caire.

6-Terrorisme v/s Guérilla

R1Oussama Ben Laden, dans sa guerre contre l'Occident, ne se préoccupe pas des victimes civiles, y compris au sein des populations musulmanes. «Ceux qui mourront parmi les Musulmans seront sauvés le jour de la résurrection» a-t-il déclaré à la manière d'un Simon de Montfort et son tristement célèbre «tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens »

R2Hassan Nasrallah, dans sa rhétorique guerrière, a déclaré en août dernier, que les «attaques contre les localités du nord d'Israël», condamnées par plusieurs organisations humanitaires, «sont une riposte aux bombardements des villes libanaises» et qu'il était prêt à y mettre fin si Tsahal en faisait autant.

Dans les faits, et pour illustrer malgré tout la complexité de l'interprétation des différences entre Ben Laden et Nasrallah, Al Quaida est inscrite sur la liste des organisations terroristes établie par l'Union Européenne, pas le Hezbollah.


Qu'en conclure? La cassette du numéro deux de l'organisation terroriste Al Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, appelant le (GSPC) à «devenir une épine dans la gorge des croisés américains et français et de leurs alliés», nécessite une vigilance accrue des services français pour parer à toute tentative d'attentat sur le sol national ou, plus difficile à maîtriser, contre les intérêts français à l'étranger.

L'attaque armée contre l'ambassade des États-Unis à Damas, mardi dernier, a démontré qu'un petit groupuscule déterminé peut déjouer tous les contrôles dans un état ultra-policé comme la Syrie, a fortiori dans un pays désorganisé comme le Liban.

Quant au Hezbollah, et pour l'heure, il n'a pas exprimé une hostilité à la présence de soldats français sous Casques bleus au Sud Liban. Le traitement de ce cas s'inscrit, d'abord et avant tout, dans le cadre de la politique étrangère de la France au Proche-Orient.

vendredi 15 septembre 2006